Le vote : merveille démocratique...

Publié le par Etarcos

J'en ai vaguement parlé dans un commentaire, je vais un peu plus me répandre sur l'effet pervers du vote.
Depuis tout gamin, les parents, les médias, l'école nous serinent sur tous les tons et à toutes les sauces combien nous sommes chanceux, « nous » (c'est qui « eux » ?), d'avoir le « droit de vote ». Que nos ancêtres se sont battu pour etc. Certes. Une fois de temps en temps, l'Etat nous fait cette aumône. Je ne reviendrai pas sur mon abstentionnisme, que j'avais abordé
ici.
Ce qui m'échaude, notez bien, ce n'est pas le droit de vote en soi, bien sûr, c'est l'auréole de démocratie dont il est nimbé. Pour tout un chacun :

droit de vote = démocratie = inattaquable

Le vote est présenté comme la panacée démocratique. « J'ai le droit de donner mon avis à travers le vote et tout va très bien, une question de moins a se poser, je vis dans un système démocratique ».
Où est le défaut me direz-vous ?
Il y en a deux (peut-être plus, je n'ai pas fini de réfléchir à ce sujet).

Le premier, je ne m'étendrai pas, c'est que la majorité n'a pas toujours raison. Si ce n'est raison, elle n'est pas toujours « progressiste ». L'exemple de la peine de mort est flagrant : si il y avait eu référendum en 1981, la guillotine fonctionnerait encore. Alors qu'aujourd'hui, le bon peuple est convaincu de l'inutilité et du manque d'humaniste de la peine capitale. Au XVIIème, Galileo Galilei était un des seul à penser que c'est la Terre qui tourne autour du soleil...

Le second défaut qui est, selon moi, le véritable « effet pervers », découle du sentiment de légitimité qu'inspire le vote. Si cela a été voté, c'est légitime, point barre et ferme ta gueule.
Un exemple : à l'école d'infirmier, nous devions monter un projet en groupe (une dizaine de personnes). Nous n'étions pas d'accord sur tous les points, bien sûr. Au lieu d'en discuter, comme je le proposais, une personne a lancé l'idée lumineuse « On a qu'à voter ! ». Je m'y oppose, et demande une discussion, afin d'arriver, si possible, à un consensus. La personne a alors lancé un brillant : « On va voter pour savoir si on vote ou si on en discute ! ». Merveille de démocratie... Le vote a obtenu les suffrages moins un (une abstention de ma part, de fait). Donc inattaquable... va te faire entendre dans un cas comme ça : la majorité, large, a parlé, satisfaite d'elle-même la conne, sûre d'être dans son bon droit car « démocratique ». Je tente de comprendre ce refus du débat à propos d'un sujet qui nous concernait tous. La réponse avancée fut que « c'était chiant de discuter » et que « les mots n'étaient pas importants » (on me l'a sorti alors que je reprenais une personne sur le sens d'un mot...). Je ne dis pas que je suis toujours facile, je peux facilement, si je n'y prends pas garde, être assez pointilleux et « chiant ». Résultat : un projet qui n'a satisfait totalement personne, la moitié des personnes votant pour certaines idées, l'autre moitié pour d'autres... avec une discussion ultra-minimaliste, à savoir : « Ceux qui sont pour ça lève la main. ». C'est beau la démocratie en action ! Aucune chance de faire passer des idées, d'évoluer dans son point de vue, chacun reste bien sécurisé dans ses petites idées, n'ayant surtout pas envie de les défendre (« les mots ne sont pas important ») ou de les faire évoluer. On a sa conscience bien tranquille puisque c'est « démocratique ». Bizarrement, j'ai d'autres attentes de la démocratie...
Ceci n'est qu'un exemple, il n'a aucune valeur de démonstration, mais je crois que c'est assez symptomatique de notre société.

P.S. : je précise que le vote, je l'aurai bien évidemment accepté, et sans m'abstenir comme je l'ai fait chaque fois (car je ne reconnaissais pas la légitimité de ce vote), en dernier recours, dans le cas où le consensus (ou une solution intermédiaire satisfaisant tous les partis) n'ai été possible.

Publié dans Points de vue

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T
<br /> J'arrive un peu après la bataille, oui plus d'un an après... on ne va pas chipoter. Surtout si c'est pour parler d'une des plus grosses arnaques qui a encore cours chez nous.<br /> <br /> "La démocratie nous permet aussi de prendre part à la vie de la cité, elle te donne le droit de te présenter aux dites élections, ou encore de proposer des textes de lois..."[...]<br /> "Mais là, mon cher ami, je répondrai que c'est de ta (notre) faute... Sommes-nous vraiment impliqué dans la vie de la cité ? Avons-nous fait, au préalable, les propositions qui nous paraissaient<br /> justes et bonnes ? La démocratie actuelle n'est peut être pas parfait mais je crois qu'elle est la meilleure dont nous disposions aujourd'hui !"<br /> <br /> Et les Français ils font comment pour prendre prendre part "à la vie de la cité" (j'adore cette expression, le modèle c'est la démocratie athénienne? La France n'a pas vraiment la tête d'une cité<br /> état) quand en même temps on étudie des lois pour les faire bosser le dimanche? Quand est-ce qu'ils ont le temps de s'intéresser sérieusement aux questions de société quand après avoir travaillé<br /> plus pour gagner plus et boucler les fins de mois ils préfèrent légitimement se vider la tête et prendre un peu de repos? Les gens n'ont pas le temps, pas les moyens et pas l'énergie de prendre en<br /> main toutes ces questions, et ça tombe bien c'est fait exprès. Il fait comment pour se présenter aux élections le chômeur moyen qui rame pour joindre les deux bouts?<br /> <br /> Pas besoin d'interdire quand on peut couper le problème à la racine et rendre la majeur partie de la population incapable de se saisir des problèmes de société. Et la démocratie représentative est<br /> le système complice idéal pour maintenir cet état de fait: chacun délègue sa part de pouvoir à des gens dont le boulot est de décider pour les autres (ah biensur ça n'est pas présenté comme ça<br /> officiellement, mais dans les faits c'est comme ça que ça se traduit). La démocratie représentative c'est la politique du chèque en blanc, de la démission du peuple et de la dictature de majorité<br /> et de l'écrasement des individualité. On raisonne encore en termes de "masses" uniformes qui s'affrontent pour défendrent leurs intérêts, et le gagnant empoche toute la mise. C'est encore un<br /> marqueur caractéristique d'une pensée centralisatrice et d'uniformisation. Les élections dans une démocratie représentative ne sont dans le fond qu'un concours de popularité qui se gagne à grand<br /> coup d'opérations médiatiques.<br /> <br /> La démocratie ne passe pas que par des droits, ceux-ci sont illusoires si le contexte ne permet pas de les exercer.<br /> <br /> <br />
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L
Bonjour Trazom.<br /> Bien d'accord avec toi ! Mais le vote reste un geste qui a son importance...et , perso , je prefererai toujours voter pour celui que je trouve le "moins pire" que de ne pas voter.<br /> Et pourtant....mes reflexions m'on souvent ammenées à douter de la démocratie.Il est un fait...les masses ne représentent que très peut le besoin de l'individu ! Et tu le dit toi même , 1 personne peut avoir raison face à des millions d'autres... alors... quid ?<br /> Je ne croit pas à la démocratie participative. Au mieux elle tourne en rond les idées , au pire elle crée des clans... mais cela n'engage que moi.<br /> En fait , je navigue entre utopie et anarchie...une république gouvernée par un triumvira pour les grandes lignes exécutives , et ceci à tout les échelons de notre société. De l'état au quartiers autonomes !!!<br /> Bon , là , je délire ! Mais ????<br /> A tchao
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E
<br /> On a tous notre Utopie, je crois que c'est très utile :-)<br /> "L'Utopie, c'est une étoile lointaine vers laquelle on prend la décision de se diriger. Il ne s'agit pas de prétendre l'atteindre, mais d'être fidèle à l'attraction de sa lueur, même lorsqu'elle<br /> est à peine discernable dans le brouillard." André Jacquart<br /> <br /> <br />
M
Trazom.<br /> <br /> en tant que femme et pour avoir étudié le contenu des discussions qui ont précédé l'accord du droit de vote des femmes, je ne peux pas ne pas voter.Même si je vote blanc, je me déplace; Je sais qu'il n'est pas compté et que ça ne sert pas à grand chose, mais je ne peux pas faire autrement.<br /> Ce que tu reproches à la démocratie est très juste. Elle n'est que partielle en France puisque une fois élus, les hommes politiques ne peuvent pas être révoqués. Je serais pour un mandat unique et non reconductible et une possibilité de révocation sur référendum d'initiative populaire si l'élu ne respecte pas ses promesses. Lis les opinions de Rousseau là-dessus, elles devraient te plaire.<br /> Je ne sais pas trop quoi te dire, à part de t'investir dans la vie politique.
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E
<br /> Je n'ai pas lu Rousseau... Encore un de plus sur la liste :-) Du peu que j'en ai retenu, toutefois, il me semble que sa conception du contrat sociale n'est pas la même que la mienne.<br /> J'approfondirai ça...<br /> M'investir dans la vie politique... Un jour, peut-être...<br /> <br /> <br />
P
Tout à fait d'accord. Si je me suis permis de parler du non respect du choix des autres, c'est que moi-même j'essaie d'être plus objectif. Mais il est évident qu'au niveau des extrémismes, il ne faut pas laisser passer. J'étais auparavant anti-catho, anti-droite, etc. Je vois à présent les choses différemment et je me dis que c'est complètement crétin d'être anti-catho. Pour le vote, j'essaie de choisir au mieux. Je me dis que le vote blanc ne sert quand à lui à rien. Mais peut être ais-je tort ? Encore une petite remarque : face à quelqu'un qui tient des propos extrêmes, j'essaie tout de même de dialoguer. C'est également une manière de combattre. Une dernière chose : je ne sais pas comment est pris ce que j'écris, mais soit persuadé que c'est toujours en toute amitié. L'intonation étant absente, je crains toujours d'être mal interprété. Bien à toi,
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E
<br /> Pas de souci Pierre, c'est également en toute amitié que je t'ai répondu :-)<br /> Moi aussi j'ai été "anti-tout", ce n'est pas le point de vue le plus constructif : je ne suis plus par exemple, anti-catho. Mon agacement se porte désormais sur le pouvoir et l'institution<br /> religieuse, pas sur le croyant, qui a toujours, lui, une démarche sincère et respectable. J'essai de plus en plus le dialogue, même avec des gens d'extrème-droite (par chance, j'en rencontre peu<br /> :-p), là où je leur tapais dessus (au sens propre) il y a quelques années encore.<br /> Amicalement,<br /> <br /> PS : le dialogue ne sert tout de même pas à grand-chose avec ces personnes d'extrème-droite... Pour ma part, en tout cas, rien de constructif n'a jamais pu en sortir (des vieux restes de mon<br /> dogmatisme à moi : sur ce sujet j'ai inmanquablement raison et eux certainement tord :-p).<br /> <br /> <br />
P
Ah le beau sujet. Mais il me semble que ton argumentation = la définition de la démocratie. Qui a dit que la démocratie était juste pour tout le monde ? Elle a seulement l'avantage d'entendre chacun, et c'est déjà beaucoup. Maintenant, il faut évidement voter en toute intelligence, et cela est autre chose. Je ne comprendrai jamais l'abstention. Et il faut toujours faire attention dans le non respect du choix des autres. Bien à toi.
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E
<br /> Cher Pierre, entendre chacun, dis-tu ? Le meilleur moyen que j'ai de me faire entendre, au vu de la non-reconnaissance du vote blanc, c'est à travers l'abstention...<br /> Tu soulèves un point : le non respect du choix des autres. J'admets qu'il m'est difficile de respecter certains choix. Les choix, par exemple, du non-respect de la différence, de la dénégation<br /> d'égalité entre les Hommes, de la restriction des libertés individuelles et j'en passe, j'ai effectivement du mal à les respecter. Tolérance ne dois pas rimer, selon moi, avec "tout laisser<br /> passer". Certains choix ne sont pas respectables, à mon sens (le choix de l'extrème-droite, entre autre).<br /> <br /> <br />